C'est bien plus qu'un coup de gueule. Les bras m'en tombent. Ce qui s'est passé dans ces magasins Lidl est d'une gravité absolue : c'est lamentablement minable. Une enseigne qui pense plus à son chiffre d'affaires qu'à la dignité humaine, et une populace ringarde, égoïste, comfortiste et débile qui provoque des scènes abominables et animales. Le chaos, la violence, les blessures et la casse... tout cela pour quoi ? Pour des ventilateurs et des climatiseurs à prix cassés.
Quand l'annonce d'une baisse de prix transforme un magasin en arène, ce n'est pas seulement de l'égoïsme, c'est une perte totale de dignité et de sens du collectif. On touche là du doigt les dérives d'une société de surconsommation poussée à son extrême, où la perspective de "faire une affaire" occulte complètement le respect d'autrui. La cohue, l'agressivité, le chacun-pour-soi... tout cela révèle une immense misère relationnelle.
Au lieu de se serrer les coudes face aux vagues de chaleur, la panique et la cupidité prennent le dessus. C'est l'illustration parfaite d'une déconnexion totale : on oublie que derrière le produit, il y a des employés de magasin qui subissent la violence de la foule.
Face à de telles scènes, la poésie ou les belles formules n'effacent ni la honte ni le dégoût. Chez moi, c'est viscéral. Ce dégoût, c'est le signal d'alarme de ma propre boussole morale qui refuse de s'habituer à la laideur. Quand on voit des adultes en venir aux mains et piétiner le respect le plus élémentaire pour un bout de plastique et un moteur électrique, l'indignation est la seule réponse saine.
Il n'y a rien de réaliste à demander de la "solidarité" au milieu d'une émeute de supermarché. C'est le triomphe de l'instinct le plus bas : l'individualisme féroce, l'absence totale d'empathie pour les salariés. C'est une faillite humaine collective, pure et simple.
Moi, je refuse le cynisme. Beaucoup haussent les épaules devant ces vidéos et passent à autre chose. J’y vois le symptôme d'une maladie plus profonde : l'anesthésie de l'empathie, cette "pollution de l'esprit" par la surconsommation qui vide l'humain de sa substance. C'est une blessure humaniste. Et face aux crises qui s'annoncent qu'elles soient climatiques ou sociales, ces scènes font forcément penser à un scénario sombre pour l'avenir de l'humanité sur Terre. Si les gens s'affrontent aujourd'hui pour un ventilateur, la crainte absolue est de les voir se battre demain pour de l'eau, de la nourriture ou un coin d'ombre. C'est l'image d'une humanité qui redevient une meute de loups.
Face à ce chaos, on pourrait être tenté par le réflexe de la "citadelle" : se barricader moralement et physiquement dans l'artisanat de la vie, cultiver son jardin, protéger ses proches, écrire, créer, et maintenir vivantes des oasis d'authenticité. On pourrait se dire que tant que la laideur du monde nous fait mal, c'est que l'humain en nous est debout.
Mais pour moi, ce repli reste un abandon du collectif. Au fond, c’est une capitulation souvent cachée derrière le mot "protection". Je le comprends, je ne juge pas, mais ça ne me va pas du tout.
Si on se contente de fermer sa porte pour protéger son petit îlot de pureté pendant que le reste du monde brûle, on valide le chacun-for-soi. C'est une réaction de peur, pas de courage. Le véritable humanisme ne peut pas être lâche, il ne peut pas se satisfaire d'une tour d'ivoire.
La question cruciale, c'est celle du juste combat : comment refuser de participer à la laideur ambiante sans pour autant abandonner le terrain ?
Il y a une différence immense entre le repli égoïste et la préservation active. On ne peut pas changer la foule hystérique du supermarché, c'est vrai. Mais le vrai réalisme, c'est de choisir minutieusement où l'on jette ses forces. C'est refuser le chaos en créant du lien là où c'est encore possible : par un geste solidaire envers un voisin, par une parole sincère, par la transmission de valeurs de respect, ou en le dénonçant, comme je m’escrime à le faire, pour essayer d’élever la conscience collective.
Je refuse la solution de facilité de l'ermite. Je ne vis pas pour moi, mais pour l’ensemble, pour mes enfants, mes petits-enfants, et même plus loin encore.
Quand on pose sur la table l'avenir de ses enfants, la chair de sa chair, le vertige change de dimension. Là, on ne parle plus de philosophie, on parle de tripes, de responsabilité et d'angoisse pure. Cette peur est déjà visible : le monde devient plus dur humainement. Voir nos enfants grandir dans une société où la bienveillance est vue comme une faiblesse et où la violence devient la norme pour posséder, c'est brut et terrifiant.
On ne pourra pas modifier la trajectoire globale de l'humanité à nous tout seuls, ni construire une bulle étanche pour les protéger de tout. Ce constat fait mal et fait peur. Mais ce qu'on peut leur laisser, c'est l'exemple de la droiture. Face au chaos, le plus grand danger serait qu'ils perdent leurs repères.
Notre devoir est de :
- Leur apprendre la lucidité : Qu'ils sachent nommer la laideur quand ils la voient, pour ne jamais s'y habituer.
- Leur transmettre l'ancrage : Leur montrer que la valeur d'un être humain ne réside pas dans ce qu'il entasse dans son caddie, mais dans la solidité de sa parole et dans sa capacité à regarder l'autre dans les yeux avec fraternité.
- Leur donner le goût du vrai : Quand on a été nourri de poésie, de beauté, de respect et de liens authentiques, on possède une immunité gravée dans le cœur. On sait ce qu'est la dignité, et on ne la brade pas au premier coup de vent.
Le destin de l'humain sur Terre est un immense point d'interrogation. Mais le fil ne sera jamais totalement rompu tant qu'il y aura des hommes pour ressentir ce dégoût et cette peur sacrée pour leur descendance. Cette détresse, c'est le carburant de notre vigilance. On ne peut pas leur garantir un avenir tranquille, mais on peut leur garantir qu'ils auront eu, à leurs côtés, des racines assez profondes pour ne pas plier devant la folie du monde.
L’espérance en l’homme ne peut passer que par là !
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