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Manifeste pour un art respirable :
Le cri de l'artisan

 

L'art est devenu un grand fourre-tout. Un dictionnaire sans grammaire où le vide s’achète à prix d’or, où le néant s'expose sur des socles et où l’on s’autoproclame artiste sans posséder l’ombre d’un talent. Sous prétexte de modernité, notre époque a ouvert les portes du temple à tous les vents, laissant entrer les illusionnistes et les marchands de vent. C’est une surenchère permanente dans le ridicule : chaque imposture qui passe est aussitôt remplacée par une autre, plus absurde encore, pour continuer à faire du bruit dans le désert.

 

Cette accumulation de supercheries est une véritable pollution intellectuelle. Elle encrasse les esprits, fatigue les regards et parasite le silence nécessaire à la beauté. En drapant le vide dans un jargon de trois pages, ces faiseurs méprisent le public, sommé d’applaudir le costume invisible d'un roi nu.

 

Moi, ancien artisan, ce spectacle me révolte. Je sais ce que créer veut dire. Je sais que dans le mot artisan, il y a d'abord le mot ART. Cette racine commune n'est pas un hasard : l'art véritable doit être travaillé, ciselé par la main et par l'esprit. Il exige la sueur, la discipline, la patience et le respect de l'ouvrage bien fait. Sans ce labeur, sans cette alliance sacrée de l'intelligence et du geste, il n'y a pas de création, il n'y a que de la paresse.

 

Mais face à ce trop-plein de néant, je garde une foi inébranlable en l’être humain : le public reconnaîtra toujours l’art véritable. Car si l’on peut duper le cerveau par des discours, on ne trompe jamais le cœur. Le frisson ne se négocie pas.

 

Pour fermer ce grand fourre-tout et dépolluer l'esprit, il n'y a qu'un contrat de confiance non négociable : D'abord, un travail d’attention où l'on sent la main de l'artisan derrière l'œuvre. Ensuite, un choc immédiat, une force que l'on comprenne et qui percute au premier regard, sans avoir besoin d’un mode d’emploi pour exister. Enfin, un supplément d’âme qui prolonge le geste, une profondeur qui fait réfléchir au sujet que l’on a voulu évoquer.

 

Ignorer royalement l'imposture et tracer sa route vers le vrai : voilà la première des résistances. C'est un acte de salubrité publique. Face aux marchands de bruit, continuer à défendre le travail ciselé et la sincérité brute, c'est ouvrir grand la fenêtre pour laisser enfin respirer l'âme humaine.

 

 

 

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