Manifeste pour ma mère la terre
Loin des dogmes et des peurs vertes,
Des décolos-déconos et des sceptiques figés,
Je pose mon regard sur la trajectoire humaine.
Le constat est là, gravé dans le quotidien :
Nos fièvres capitalistes et nos courses effrénées
Ont fini par dérégler la grande horloge du climat.
Mais levons les yeux.
Il est temps de pousser le bouchon un peu plus loin
Que le bout de notre propre chemin.
Qu'est-ce que notre court passage,
Dans l'infinie partition du temps ?
Le peu que nous savons du grand Big Bang
Et des premiers cris de cette boule bleue,
C'est que la Terre est une habituée des tempêtes.
Elle a traversé des cataclysmes, des colères de feu,
Se reconstruisant sans cesse sur ses propres cendres.
Elle a effacé des mondes, balayé des espèces,
Et, dans un dernier élan, poussant le vice ou l'ironie,
Elle a façonné une créature singulière,
Un animal étrange et fier :
L’Homme.
Un animal dont le constat oblige à voir la dérive,
Lui qui a fait de la belle bleue un océan de plastique,
Où les poissons ne nagent plus... qu’en boîtes de conserve,
Recueillis par les racloirs d'un commerce frénétique.
Nos rivières abandonnées, veines sacrifiées,
Sont devenues les canalisations de la maison poubelle.
Elle y déverse ses poisons, ses flux condamnés,
Pour achever les géants des mers sous la nuit éternelle.
Et ces grands poissons, déboussolés, perdus,
Viennent s’échouer sur le sable pour mourir à la vue du monde.
L’air à nos portes, invisible menace,
S'est chargé de particules de mort.
Il nous empoisonne à petite dose, à l'horizontale,
Une lente homéopathie qui grignote les corps.
Tout comme notre alimentation, devenue un leurre,
Une triche à la pesée, un jeu de dupes froid :
On trompe la balance pour faire le poids,
En y injectant les adjuvants tueurs.
Ne reculant devant rien, ce singulier vivant,
Cet animal étrange doué d'une intelligence rare,
Ne trouve plus sa sève qu’au rythme des dollars,
Motivé par les bourses et les profits géants.
Alors il multiplie les récoltes forcées,
Les fruits, les légumes, les cheptels en sursis.
À coups de poisons légaux, d'engrais, de vaccins dosés,
Il sature la vie, accélère le profit,
Pour achever d'empoisonner notre propre terre.
Claude le disait déjà dans un cri de lucidité :
« Faut-il que l’homme soit macabre ! » Simple constat.
Mais vu d'en haut, à la hauteur de la création,
Cet animal étrange n’était que la parfaite erreur, un faux pas.
Alors allons plus loin, coupons les projecteurs,
Imaginons la suite de nos folles mutations.
Quand l’homme, au bout de ses poisons, finira par s’éteindre,
La Terre, délivrée, entamera sa reconstruction.
Oh, ce sera long, très longtemps, bien après nos mémoires...
Mais un jour, c'est une évidence, la vie reprendra ses droits.
Les végétaux renaîtront des cendres de notre histoire,
Et le monde animal, enfin, revivra sans roi.
Mais le miracle de la création humaine sera-t-il encore là ?
Le doute s’installe, le silence se fait lourd.
Si l’esprit de notre Dieu veille toujours dans les limbes,
Voudra-t-il à nouveau jouer au petit bonhomme de boue ?
Voudra-t-il encore lui souffler dans les narines
Ce précieux et fragile vent de la vie,
Après avoir vu ce que l'on est capable de détruire,
Après avoir contemplé l'ampleur de notre gâchis ?
Nous avons inventé l’image d’un paradis originel,
Un jardin d'Éden où Adam et Ève flânent sous le ciel,
Avec un serpent, un pommier et son fruit défendu...
Mais ça, c’était l’histoire qu’on se racontait, l'histoire lointaine.
En vérité, ce paradis perdu, c’était notre futur.
Nous avions le paradis entre nos mains de chair,
Et dans tous les domaines, nous l'avons euthanasié.
À petit feu, doucement, jusqu'à notre propre fin,
Nous avons éteint les lumières de la Terre entière.
Alors, après un tel crime contre le futur,
Comment pourrait-on encore croire à l’absolution ?
L’homme est devenu un parasite éphémère,
Bien trop arrogant pour mériter ce qu’il a reçu en cadeau.
Pareil à un enfant capricieux, violent et fier,
Il a brisé le beau joyau qui lui servait de berceau.
Son appétit de faire gonfler les bourses du monde
L’a rendu aveugle au point de s'oublier lui-même.
Ce n’est évidemment que le fait de certains, dans cette ronde,
Mais c'est l’humanité entière qui paiera le prix du blasphème...
Car il y a toujours une fracture dans les comptes du destin.
Que voulez-vous ? C’est plus fort que lui, c’est sa nature.
Et c’est bien cela qui me pousse, au milieu de la nuit,
À jeter ces braises brûlantes sur la page blanche.
Ma plume crache sa vérité sur le papier immaculé,
Pour que la bêtise, enfin, fléchisse les hanches.
Et pour finir sur une note d’humour, de rime et de lumière,
Je dirais que je viens simplement d’exprimer...
Une sainte colère.
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